Tir groupé des banques contre le taux du Livret A

Jean-Paul Chifflet, patron de Crédit Agricole SA, Frédéric Oudéa, PDG de la Société Générale, Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France : en deux jours, trois personnalités du secteur bancaire ont porté une charge directe contre le maintien du taux du Livret à 1% et plus généralement contre les rendements des principaux produits d’épargne réglementée.

« On conserve des taux de rémunération [de l’épargne réglementée] déconnectés de la politique monétaire de la BCE » (Banque centrale européenne), a lancé Christian Noyer hier matin lors de la présentation du rapport annuel de la Banque de France. Le gouverneur de l’institution a même souligné que ce niveau de rémunération « élevé » constituait « une anomalie unique dans la zone euro » selon des propos rapportés par Les Echos.

Hier, toujours, le directeur général de Crédit Agricole SA, structure cotée du groupe, s’est montré encore plus offensif en évoquant une « erreur » du gouvernement lors la présentation des résultats trimestriels de son entreprise. Car ces produits coûtent « trop cher » aux banques. Conséquence : cela « pénalise la France dans le financement de son économie », a déclaré Jean-Paul Chifflet selon le média économique L’Agefi. Et de poursuivre : « On privilégie l’épargne à l’investissement, c’est un handicap pour notre pays. Il faut donc baisser le coût de cette épargne sur le Livret A et sur les PEL. »

Oudéa : « l’inflation est à zéro »

Troisième round, ce matin, par la voix du PDG de la Société Générale, Frédéric Oudéa, lors d’une conférence téléphonique. Invité à réagir aux propos de Jean-Paul Chifflet, le patron de la banque rouge et noire a affirmé qu’il partageait « totalement » ce point de vue. Comme son confrère du Crédit Agricole, il estime que les taux de l’épargne réglementée, plus élevés que ne le voudrait leur formule de calcul, vont dans le sens contraire de la politique actuelle de la BCE, qui « consiste à favoriser au maximum les conditions de financement des entreprises » avec des taux d’intérêt extrêmement bas. « Maintenir le Livret A à 1%… Cela peut paraître très bas par rapport au niveau historique des taux de l’épargne réglementée mais l’inflation est actuellement à zéro », a souligné Frédéric Oudéa.

Prochaine baisse possible au 1er août

La réticence des banques au maintien du taux du Livret A (et du LDD) à 1% n’est pas une nouveauté. Le 16 janvier dernier, suite à l’annonce de ce maintien par Bercy, la Fédération bancaire française avait « regretté » que le gouvernement « n’ait pas suivi la proposition équilibrée du gouverneur de la Banque de France qui était de le fixer à 0,75% et non pas 0,25%, comme l’aurait entraîné la formule réglementaire de calcul ».

Pour une éventuelle baisse du taux du Livret A, la prochaine échéance est fixée à la mi-juillet, période à laquelle sera décidée ou non une révision au 1er août 2015. Avec un taux d’inflation annuel (hors tabac) à -0,1% en mars dernier, le taux théorique du Livret A est encore de 0,25% à ce jour.

Source : © cbanque.com / BL / Mai 2015